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Le Château des Villières
Et la famille Lacaze
Lherm (Hte-Gne)
Christian MONNIER
In Revue du patrimoine du Murétain, Numéro 6, 2003
L'exploitation d'un fonds privé d'archives (voir Sources et Bibliographie en fin de document) concernant la famille Lacaze nous a fait découvrir l'existence passée d'un château situé à Lherm. L'objet de ce document est de retracer l'historique du château et des familles nobles l'ayant possédé et de mieux connaître la famille de Lacaze dont l'un des descendants comptait parmi les Parlementaires toulousains guillotinés pendant la Terreur. Les documents exploités sont surtout des actes notariés de 1600 à 1800, des comptes-rendus de procès, des éléments de cadastre et d'impositions du XIXème. Les généalogies Bonnefoy et Lacaze s'appuient sur des relevés de l'Etat-Civil de Toulouse et sur des informations apparaissant dans des testaments.
Villères et la famille Bonnefoy
Le château, qui a disparu aujourd'hui, se trouvait sur les rives du Touch dans la commune de Lherm. Nous en trouvons une première trace écrite dans un acte de vente du domaine de Villières en 1570 par Noble Guillaume Delo à Jean de Bonnefoy déjà seigneur de Montauriol. Jean était fils de Béranger de Bonnefoy capitoul en 1513. La baronnie de Villières appartiendra successivement aux descendants de la famille de Bonnefoy:
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Jean de Bonnefoy, marié à Anne de Bernuy jusqu'en 1606 <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Jean de Bonnefoy, marié à Marthe de Potier jusqu'en 1631 <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Jean de Bonnefoy, marié Marguerite Durand <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Guillaume de Bonnefoy, marié à Marguerite d'Arse en 1645. Trois de ses quatre enfants sont baptisés à Villières et inscrits sur le registre des baptêmes de Poucharramet. La chapelle du château qui apparaîtra dans des documents ultérieurs, existait donc déjà vers 1645.<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Pierre de Bonnefoy marié à Jacquette de St Sernin en 1680 <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Guillaume de Bonnefoy marié à Jeanne Marie de Roquette en 1715 Une description du domaine de Villières est fournie dans l'acte de vente de 1570 : situé dans la vallée du Touch et d'une superficie de 300 cétérées (de 180 à 200 ha), le domaine, en plus du château, de ses terres et dépendances (vignes, bois, viviers, moulin à vent, terres cultes et incultes, pigeonniers, estableries, pressoyrs, etc..) comprenait deux métairies : Croste et Bordebasse La vente se fit sur la base d'un échange : trois métairies situées à Poucharramet (Gilet, Tresaneres et le Gras) constituaient l'essentiel de la transaction complétée par une somme de 5250 livres versée par Jean de Bonnefoy. Jean de Bonnefoy, tout comme son père Béranger, cumulait plusieurs titres: seigneur de Montauriol et seigneur baron de Villières. Il fut marié successivement: à Anne de Bernuy en 1530, à Marguerite de Sabatier en 1551 et enfin à Marie de Claverie en 1571. Cette famille très prolifique (quinze enfants issus de ces trois mariages) possédait un grand nombre de seigneuries : Montauriol, Plaisance, Lavande, Cabanac, Villières... Parmi les nombreux enfants de Marguerite de Sabatier, Jacques hérita de Montauriol et Jean du domaine de Villières. Le testament en 1606 de Jean de Bonnefoy seigneur et baron de Villières, est intéressant car il cite les neuf enfants déjà nés et prévoit le ou la dixième à naître, sa femme Marthe de Potier étant enceinte : " ... ses enfans légitimes et naturels et de ladite de potier et a chacun devoir la somme de deux mil livres tournois à eux payable, scavoir pour le regard des masles lors qu'ils auront atteint l'âge de vingt cinq ans et aux filhes la veilhe de leurs nopces et parce que ladite damoiselle sadite femme est enseinte, il lègue pour mesme tout droit d'institution au postum ou postume masle ou femelle pareilhe somme de deux mil livres tournois payables comme à ses susdits autres enfants"<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]--> Lors de son mariage avec Marguerite de Durand en 1618, Jean, fils de Jean de Bonnefoy et de Marthe de Potier, est déjà Seigneur de Villières ayant hérité du titre de coseigneur du Lherm et baron de Villières au décès de son père en 1606. Guillaume de Bonnefoy ne conserva pas Villières. Il dut le vendre en 1733 pour, semble-t-il, régler des dettes qu'il avait envers Bernard de Boyer seigneur et baron de Drudas.
Villières et la famille Lacaze
Pierre François de Mouillet, conseiller au Parlement, acheta à Guillaume de Bonnefoy la terre et seigneurie de Villières par contrat du 13 juin 1733 : " Château à quatre tours, écurie, cour, granges, tinal<!--[if !supportFootnotes]-->[3]<!--[endif]-->, chapelle et autres édifices, deux métairies, terres labourables cultes et incultes, prés, bois, vignes, vergers et viviers ensembles tous les bestiaux tant de labourage qu'à profit, moulin à vent, censives, oublies et autres droits ... ... " pour le prix de 3 0 000 livres<!--[if !supportFootnotes]-->[4]<!--[endif]-->. Après être resté pendant plus de 160 ans et sur cinq générations propriété de la famille de Bonnefoy, Villières appartient désormais à la famille de Mouillet pour peu de temps. Pierre François de Mouillet décède en 1740 et sa veuve Catherine d'Arribat le cèdera à son beau-frère Jean Silvestre de Lacaze-Montfort marié à Marie Jeanne de Mouillet sœur de Pierre François (contrat de vente en 1756). " la vente de ladite terre seigneurie et baronnie de Villières a étéfaite et convenue pour le prix de quarante mille livres scavoir: des biens fonciers pour trente cinq mille livres et les meubles, effets, cuves, barriques, comportes, cabaux bestiaux, récolte et arrérage de rente pour cinq mille livres lesquelles deux sommes jointes ensembles reviennent à la susdite de 40 000 livres "<!--[if !supportFootnotes]-->[5]<!--[endif]--> 79 Jean-Jacques de Lacaze seigneur de Rochebrun et co-seigneur de Capens, père de Jean-Silvestre, avocat au Parlement de Toulouse, écuyer et capitoul en 1729, tout comme les seigneurs de Bonnefoy, faisait partie des notables composant le Parlement de Toulouse. Comme très souvent à cette époque, Jean-Silvestre, le second fils, commença une carrière militaire comme officier au Régiment de Foix et le troisième, Louis Julien, entra dans les ordres et fut curé de Lavernose.
Raymond Nonnat de Lacaze-Montfort, fils de Jean-Silvestre, fut lui aussi conseiller au Parlement. Nous verrons que cela lui valut, comme d'autres notables toulousains, d'être victime de Fouquier Tinville pendant la Terreur en 1794. Comme la plupart des parlementaires toulousains guillotinés, ses restes reposent dans le cimetière de Picpus à Paris dans le 12 ème arrondissement.
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Carte de Cassini où apparaît le domaine de Villières Jean-Silvestre de Lacaze possédait les châteaux de Capens par son père Jean-Jacques de Lacaze et de Villières par achat à la veuve de Mouillet. Il résidait fréquemment à Capens où il faisait valoir ses privilèges de noblesse. Un document de 1745 précise ses droits de préséance à l'église: "à la requête de noble Jean-Silvestre de Lacaze-Montfort (...) est exposé aux consuls dudit Capens et aux marguilliers de l'église du même lieu, que le requièrant en sa qualité de Noble, de seigneur directe du terroir particulier du seigneur de Capens et d'hommages du Roy ( ... ) il a le droit incontestable d'avoir un banc dans l'église dudit lieu placé au dessus de celuy des consuls, de les précéder en tous les droits honorifiques faits dans l'église soit à l'offrande du pain bény et en toutes les autres cérémones publiques et particulières, même encore qu'il a les mêmes prérogatives sur le juge et autres officiers du seigneur de Capens..."<!--[if !supportFootnotes]-->[6]<!--[endif]-->
A la mort de Jean-Silvestre en 1777, le titre de seigneur et baron de Villières échut à Raymond Nonnat de Lacaze.
La Carte de Cassini du XVIIIème situe le domaine de Villières et la métairie de Crouste. Le plan figurant sur le cadastre de 1812 (plan napoléonien) fournit un schéma simplifié du domaine dont le château représenté avec ses quatre tours.
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Cadastre Napoléonien de 1813 où apparaît le château de Villières. Photo Christian Monnier.
Inventaires du château de Villières
Les inventaires du château de Villières effectués pour des raisons d’héritage ou de mise sous séquestre à la Révolution nous permettent d'avoir une perception plus précise de ce qu'était la vie de la famille de Lacaze à cette époque. Inventaire du château de Villières en 1777
La veuve de Jean-Silvestre de Lacaze-Montfort, son mari étant décédé en octobre 1777 sans avoir pris les précautions d'usage, fut confrontée à des litiges vis à vis de son fils Raymond-Nonnat. Pour ces raisons, elle fut amenée à faire établir un inventaire du contenu du château de Villières . Ces différents familiaux sont pour nous une aubaine car nous disposons d'un précieux document qu'est l'inventaire très précis, fait par le notaire, du contenu de chacune des pièces du château : mobilier, vêtements, lingerie, papiers de famille, bibliothèque etc. La liste des objets de la vie quotidienne fournie par cet inventaire permet d'imaginer la vie d'un noble toulousain dans son château à la campagne. La précision de la description est telle que nous pourrions reconstituer la topographie du château, l'emplacement et l'usage des pièces d'un château qui, malheureusement, fut démoli vers 1975.<!--[if !supportFootnotes]-->[7]<!--[endif]--> « … n'ayant plus rien trouvé à inventorier dans ledit salon, nous sommes sortis et entrés dans le cabinet qui donne sur la cour du château au levant…" , puis suit une description de tous les documents trouvés dans le cabinet de travail: des reconnaissances féodales, des actes de ventes, des testaments, des actes de mariages, un livre de liève, des censives etc... Ces documents concement aussi bien les propriétaires du moment, Lacaze, que les précédents: Bonnefoy et Mouillet. C'est donc une bonne partie de l'histoire du château de Villières qui se trouve racontée dans ces archives. L'inventaire fut une opération longue et minutieuse. Il dura cinq jours. Rien ne semble avoir été laissé à l'écart depuis les appartements des propriétaires en passant par les pièces occupées par le personnel, les bâtiments de rangement des outils, les caves, les réserves. Il n'est cependant pas fait mention de la chapelle dans cet inventaire de 1777.
Bibliothèque
L'inventaire fait état d'un certain nombre de livres dont les titres montrent l'éclectisme du propriétaire des lieux, Jean-Silvestre de Lacaze, vers 1770. En plus de livres sur la religion, la littérature, la philosophie, la politique, la géographie etc ..., se trouvent des ouvrages laissant supposer que le sieur de Lacaze devait lui-même gérer sa propriété et s'intéresser à l'exploitation agricole. <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Discours de méditations <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Les Annales de Toulouse par M Lasfaille, édition de 1687 <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Les oeuvres du révérend Père Grenade, religieux dominicain <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->La nouvelle maison rustique ou économie générale de tous les biens de campagne <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Entretiens ou amusements sérieux et comiques, par M Fontenelle <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Histoire de Charles XH <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Élite des bons mots et des pensées choisies <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Histoire de la guerre de Flandre <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->La véritable politique des personnes de qualité <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->L'estat de l'Espagne, du Portugal et de la Savoye, par M de St Marthe <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Nouvelle méthode pour apprendre la géographie universelle avec des cartes et estampes <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Les oeuvres de M de Molière <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Lettres de Babet par M de Coursaut <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Observations sur la peste de Marseille <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Bibliothèque des gens de Cour
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Réflexions chrétiennes sur divers sujets de morale <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Remarques nouvelles sur la langue française <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Oeuvres diverses de Fontenelle <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->La traduction des oeuvres d'Horace <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Selecte et proffanis scriptoribus historie <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Grandmere générale contenant les rhudiments <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Entretiens avec Jesus-Christ <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Méditations pour la Retraite <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Les prônes de Messire Clar de Jely évêque d'egen (Agen <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Dictionnaire françois-latin <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Regix farnasy <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Historium latino-greco <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Les vies des Saints Pères des déserts <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Explication des psaumes de David <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Novum Testamenturn <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Explication de l'ordonnance de 1667 <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Histoires morales et de piété <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Le parfait maréchal <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Traité de la noblesse des Capitouls de Toulouse <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Exercices de piété <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Retraite spirituelle pour un jour de chaque mois
Inventaire d'une chambre
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->une commode à deux battants et un tiroir avec deux serrures et clefs et fermée <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->une duchesse et son matelas et traversin dont le couvert est en toile de coton à carreaux - sept chaises en bois garnies de paille moitié usées <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->deux lits jumeaux avec leurs bois garnis de leur couette, traversins, matelas, paillasse, contrepointe couverte de laine et ferrures, dont les dedans sont en indienne à ramage et les rideaux en cadis vert fort vieux et usé en plusieurs endroits par les vers <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->un buffet à trois ouvrants avec ses portes, serrures et clefs fermé - une chaise garnie en banc servant de petit fauteuil - un pot à eau avec sa soucoupe enfayance blanche - sur la commode, un écritoire de cabinet en carton couvert de papier noir et fermant à clef - à la cheminée, deux chevets à grille avec une paille à feu et pincette <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->à cette chambre sont les tapisseries en indienne tendue alentour d'icelle <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->au-dessus de la cheminée, sur le chambranle, attaché au plâtre est un trumeau à cadre doré <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->à l'angle de ladite chambre près de la porte est une petite encoigneuse en bois bien petite avec sa serrure et clef
L'état des meubles ou éléments de décoration est à l'appréciation du notaire. Il a le souci de la précision dans ses descriptions : " ... les rideaux d'un cadis jaune fort endommagés par les vers et persés en plusieurs endroits ... deux couvertes dont l'une en laine fort mauvaise et l'autre en cotton le tout plus que demy uzé ". L'abondance des termes : "quazy hors d'usage, demy uzé, uzé, persés par les vers " font penser que le château, étant la résidence de campagne du seigneur de Lacaze, les meubles qui s'y trouvaient devaient être des meubles de famille donc relativement anciens. La résidence principale de la famille de Lacaze se situait rue Méjane<!--[if !supportFootnotes]-->[8]<!--[endif]--> pour Jean-Silvestre puis rue des Renforts pour Raymond Nonnat. Garde-robe de Jean-Silvestre de Lacaze
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->sept paires de culottes de toile ou coutil ou velours <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->une veste en laine tricotée avec un petit galon aux manches et collet <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->un habit de drap gris avec sa veste <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->un habit et veste de coutil à rayures <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->une veste de drap couleur châtaigne <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->un habit pour l'été en fil et coton <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->une redingote en drap gris <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->un demi castor fin uni<!--[if !supportFootnotes]-->[9]<!--[endif]--> <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->un gilet despagnolette <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->vingt trois chemises en rouan pour le jour <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->vingt trois chemises en toile lin pour la nuit <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->douze paires de bas de fil <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->six paires de bas soie <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->dix paires de chaussons de pied <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->dix huit mouchoirs pour le nez
Ces vêtements constituent la garde robe de Jean-Silvestre de Lacaze quand il se trouvait à la campagne. Il y a peu d'originalité dans les couleurs, mais peut-être un habillement plus riche se trouvait-il dans sa résidence de Toulouse. L'inventaire ne fait pas état de vêtements de femme. Mme de Lacaze préférait sans doute la ville à la demeure campagnarde. Cet inventaire dura plusieurs jours. Des incidents survenus pendant son déroulement sont consignés par le notaire: " En cet instant est survenu Me Louis d'Artignac notaire royal faisant pouvoir au nom de Mre Raymond Nonnat de Lacaze de Montfort fils de eu Nob e Jean-Silvestre de Lacaze Montfort son père ... ". Cette intervention, qui n'interrompit pas l'inventaire, fat motivée par le fait que le fils Lacaze déclara vouloir exclure de l'inventaire des biens qui lui étaient propres : lit avec garniture, rideaux, six cabriolets de moquette, douze chaises etc. Mais la dame de Lacaze signalait par ailleurs "que son fils a emporté la majeure partie de la garde-robe dudit feu seigneur de Lacaze son père" (ce qui explique la modestie des éléments vestimentaires trouvés dans l'inventaire). En outre, "huit couverts d'argent deux cuillères à ragout six petites cuillères à caffé le tout en argent" n'ont pas été retrouvés dans l'inventaire. Dans un inventaire réalisé après la mise sous séquestre du domaine le 23 mai 1794, nous retrouvons globalement les mêmes objets mais décrits différemment et souvent déplacés dans le château. Le but de ce dernier inventaire était d'évaluer les biens du citoyen Lacaze guillotiné. Le contenu de la bibliothèque n'est pas détaillé mais transféré à la bibliothèque du district de Muret. La vaisselle vinaire (comportes et barriques) entreposée au château montre bien l'importance qu'avait la vigne dans le domaine. Le cheptel appartenait généralement pour moitié au maître et l'autre moitié au bordier ou métayer.
Un feuillet trouvé dans un dossier donne une recette pour traiter le vin.
<!--[if !vml]--> Mr de Lacaze Secret pour oster le dégoût au vin qui sent le bois Il faut demi livre de coriande nouvelle par piesse de vin qui sent au bois. Il faut envelopper la ditte coriande dans des petits pelotons de linge
Quand la veuve Lacaze récupéra Villières, il ne devait plus représenter une grande valeur affective car, en dehors du château, il ne restait plus rien ayant appartenu à la famille. Après l'avoir fait exploiter pendant quelques années, elle le vendit en 1800 par adjudication (vente forcée pour solder l'héritage Lacaze).
Les propriétaires successifs de Villières
La liste ci-après est établie à partir des divers contrats de vente, du cadastre et relevés d'imposition de 1750 à 1800 et de quelques documents sur les propriétés bâties aux Archives Départementales<!--[if !supportFootnotes]-->[10]<!--[endif]--> :
avant 1570 Guillaume Delo 1570 de Bonnefoy 1733 de Mouillet 1756 de Lacaze 1794 Bien national 1795 Veuve Lacaze 1800 Vente par adjudication 1814 Galy Durand ? Jany de St Clar 1893-1903 Crédit Foncier de France 1904-1924 Famille Bonnemaison 1925-1928 Familles italiennes: Garelli, Resplandi, Turco Antonio 1928 Laporte Jean 1938 Garelli Giovani vers 1971 Démolition du Château (les Scouts de France utilisent aujourd'hui la métairie)
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Le château de Villières en 1951. Photo collection privée. Les Villières en 2006, Photo collection privée
Il ne reste du château qu'un socle de calvaire en brique ouvragé. La croix qui le surmontait est peut-être celle qui se trouve aujourd'hui sur un socle ordinaire au bord de la route menant à St Clar.
Raymond Nonnat de Lacaze
Né en 1746 à Toulouse, Raymond Nonnat épousa en 1776 Marie Anne Pijon, fille de Jean de Pijon conseiller du roi, chevalier de St Jean de Latran, comte Palatin<!--[if !supportFootnotes]-->[11]<!--[endif]-->. Un lien de parenté existait entre Raymond Nonnat et Jean-François de Montaigut<!--[if !supportFootnotes]-->[12]<!--[endif]--> dont la femme, Marie Anne de Mouillet, était cousine germaine de Raymond Nonnat. Par ailleurs, il succéda en 1771 à Jean-François de Montaigut comme commissaire aux requêtes du Parlement de Toulouse, son père ayant racheté cette charge pour 2 1000 francs<!--[if !supportFootnotes]-->[13]<!--[endif]--> Son contrat de mariage du 20 juillet 1776 ne fut officiellement enregistré qu'un an plus tard. Le contenu de ce contrat et l'enregistrement différé fut un élément essentiel du procès qui opposera la veuve de Raymond Nonnat de Lacaze à Jean Lingua de Saint Blanquat : l'objet de ce procès étant le château de Capens. Ce château situé rive gauche de la Garonne dans le village de Capens, est appelé château La Caze sur la carte de Cassini et il existe encore aujourd'hui sous la même appellation. Il fut acheté par Jean-Jacques de Lacaze-Rochebrun en 1700 à Dame Viguerie, veuve de Messire de Frauste. Jean-Silvestre de Lacaze-Montfort hérita du domaine à la mort de son père en 1740 et en fit donation à son fils Raymond Nonnat pour son mariage en 1776. Par un acte daté du 20 avril 1783, Raymond Nonnat seigneur de Capens et baron de Villières vendit le château et ses dépendances pour 96 000 livres à Messire Jean de Lingua de St Blancat, baron d'Esplas habitant en son château près de St Lizier : " ... fait vente du domaine et seigneurie directe vulgairement appelée de Lacaze que ledit seigneur vendeur jouit et possède dans les lieux de Longages et Capens au diocèze de Rieux consistant en maison, métairie, terres, près, bois, vignes forge, moulin à eau, briqueterie, fiefs, rentes censives, rentes locateries"<!--[if !supportFootnotes]-->[14]<!--[endif]--> La somme de 96000 livres versée par Jean de St Blanquat fut en partie utilisée pour régler des dettes Lacaze à divers créanciers. Le solde de 40 000 livres fut placé en rente sur Dame Cazaux de Saint Jean <!--[if !supportFootnotes]-->[15]<!--[endif]-->. Une clause particulière du contrat prévoyait que Jean Lingua de St Blanquat se porte caution du prêt et il semble même qu'une hypothèque ait affecté le château de Capens pour assurer ce placement. Cette somme de 40 000 livres fut ultérieurement considérée comme une partie des reprises dotales de Marie Anne Pij on, femme de Raymond Nonnat. En effet, à son mariage, Marie Anne Pijon fut richement dotée par son oncle d'abord, Philippe de Vignoles et par sa mère Agnès de Vignoles. « Et pour la suportation des charges du présent mariage et pour témoigner le plaisir qu'il a d'iceluy, Messire de Vignoles a constitué en dot à la demoiselle Pijon sa nièce future épouse, la somme de 20 000 livres savoir: 3 000 livres en argent comptant, en 125 pièces d'or de 24 livres pièce (..), et pour les 17 000 livres restantes, ledit messire de Vignoles a cédé un contrat au principal de 7 000 livres sous la rente constituée de 350 livres consenti par Messires Lasserre de Labarthe père et fils solidaires en faveur de M. Jean-Baptiste de Vignoles le 11311766, autre contrat de 1 766 livres sous la rente constitué de 400 livres consenti par le sieur Courtade en faveur de la Dame de Saubens et cédé par cette dernière le 11 septembre dernier audit seigneur constituant, autre contrat ( ... ) au capital de 2 000 livres consenti par le sieur Raymond Cazaux en faveur de Me Jean-Baptiste de Vignoles pour reste du prix d'une maison acquise par ledit Cazaux, ( ... ) toutes lesquelles sommes réunies se portent à 20 000 livres ( .. ) voulant qu'ils appartiennent audit seigneur de Lacaze à la charge néanmoins de reconnaître ladite somme sur ses biens présents et à venir ; De plus outre et par dessus la somme de 20 000 livres ci dessus énoncée ledit seigneur de Vignoles constitue encore en dot à la demoiselle sa nièce et à messire de Lacazefutur époux; la somme de 40 000 livres payable seulement après le décès dudit seigneur constituant ... étant néanmoins convenu que si la demoiselle sa nièce vient à décéder avant ledit seigneur constituant et sans enfant, ladite somme de 40 000 livres fera retour audit messire de Vignoles et ne sera point payée audit seigneur de Lacaze futur époux… En plus ledit seigneur de Vignoles constitue en outre en dot à la demoiselle sa nièce et au futur époux une maison qu'il possède en cette ville rue de Renfort, près la porte du Château se réservant néanmoins le logement qu'occupe actuellement Dame de Vignoles épouse de noble Jean de Pijon consistant en quatre chambres au second étage du coté de la porte du Château, une chambre au troisième avec les cabinets en dépendant, un caveau et la faculté de mettre ses chevaux dans l'écurie toutes les fois qu'il en aura besoin, ( .. ), à la réserve néanmoins par ledit messire de Lacaze futur époux de payer toutes les années audit seigneur constituant, une somme de 600 livres toutes les années et ce pendant la vie du seigneur constituant. Pour témoigner encore le plaisir que dame de Vignoles épouse de noble de Pijon a au présent mariage et pour le support des charges d'iceluy, elle constitue encore en dot à la demoiselle Anne de Pijon sa fille, la somme de 10 000 livres savoir : 10 000 livres que le seigneur de Vignoles a remis dès à présent au moyen de la cession d'un contrat de constitution de rente au capital de 3000 livres consenti par Mr et Mme Dubourg en faveur de M. JeanBaptiste Vignoles le 14/2/1766, d'autre contrat de constitution de rente au capital de 3 000 livres consenti par Mre Charles Marie de Brotos de Thurin seigneur de Puydaniel en faveur de Mr Jean-Baptiste Vignoles le 3/2/1762, d'autre contrat de constitution de rente au capital de 4 000 livres consenti le 23/3/1759 par Messire Bleize de Montesquieu seigneur marquis de Roquefort en faveur de Mr Jean-Baptiste Vignoles , lesquels contrats réunis se portent à la somme de 10 000 livres.<!--[if !supportFootnotes]-->[16]<!--[endif]--> Quelques extraits de l'acte de mariage nous éclairent sur plusieurs points: - pour le sieur de Vignoles, la réputation de dépensier attachée à Raymond Normat de Lacaze lui fait prendre quelques précautions quant à la disponibilité, pour ce dernier, de la dot de sa femme. Ceci sera confirmé plus tard lors de la rédaction de son testament par Philippe de Vignoles : il institue comme héritiers principaux les deux fils qu'avait Raymond Nonnat mais il interdit à ce dernier de gérer ces legs. Il fait aussi préciser que toute somme qu'il recevrait de la dot de sa femme devra impérativement être replacée sur des biens fonds ou rentes de telle sorte que sa femme puisse toujours en disposer. - comme dans les contrats de vente, les testaments ou les contrats de mariage, les transferts de rentes d'une personne sur une autre sont monnaie courante. Les rentes, très souvent perpétuelles, s'échangent ou se lèguent et ceci parfois sur plusieurs générations. Quelquefois, ces rentes sont à terme échu sur 4 ou 5 années. - Pour ce mariage, le père de Raymond Nonnat ne fut pas en reste; il donne à son fils, qui possédait déjà Villières, le domaine de Capens, la charge de Conseiller au Parlement rachetée à Jean-François de Montaigut et une maison rue du Taur. La dot de l'épouse est protégée. Pour cette dernière, ce sera l'argument principal tout au long du procès qui l'opposera à Jean Lingua de St Blanquat pour tenter de récupérer les restes de la succession de Raymond Nonnat.
Villières et la Révolution
Raymond Nonnat de Lacaze, bien que n'ayant pas ouvertement manifesté son opposition aux décrets de 1790 supprimant le Parlement de Toulouse comme ses cousins Jean-François de Montaigut et Bertrand de Lassus-Nestier, fut arrêté en début 1793 et interné à la maison de réclusion dite de la Visitation.<!--[if !supportFootnotes]-->[17]<!--[endif]--> Conduit à Paris avec les autres condamnés, il fut jugé le 24 prairial an Il (12/6/1794) et ses biens furent confisqués. Deux jours plus tard, il montait sur l'échafaud. Les scellés furent aussitôt placés sur le château de Villières et sur sa maison rue des Renforts à Toulouse. "aujourd'hui cinq messidor an 2 de la République au lieu de Villières municipalité du Lherm nous michel bonnemaison commissaire nommé, avons procédé à la mise du scellé sur tous les appartements et effets cy devant appartenant à Laquaze condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris, aujourd'hui ses meubles et immeubles appartenant à la nation ... en présence de Bernard Galtier et Jean Bareyt officiers municipaux du Lherm …<!--[if !supportFootnotes]-->[18]<!--[endif]--> » Après la mise sous séquestre, les effets et le mobilier furent mis en vente au profit de la Nation. Nous disposons d'un compte-rendu de la vente aux enchères avec pour chaque objet, le prix et le nom de l'acquéreur (habitants du Lherm ou des environs). Le produit de cette vente : 9852 livres qui revint à l'Etat fut l'objet d'une restitution à la veuve et aux héritiers de Raymond Nonnat par un jugement du 13 prairial an HI. La vente des meubles et objets de la maison Rue des Renforts, également mise sous scellés, n'eut pas le temps de se réaliser. Lors de la levée du séquestre le 11 messidor an III (29 juin 1795), tout fut retrouvé : meubles, bijoux, objets divers. Seules les pièces occupées par la famille Lacaze furent mises sous scellés. La mère de Marie Anne Pijon, Agnès de Vignoles veuve de Pijon, habitait un appartement de cette maison comme prévu par une clause particulière du contrat de mariage de sa fille. Elle ne fut pas concernée par le séquestre.
Cette disparition de Raymond Nonnat de Lacaze fut le début d'une période très difficile pour sa veuve qui se retrouva brutalement sans ressource : tous ses biens se trouvant sous scellés, y compris la maison qu'elle habitait rue des Renforts. Obligée par ailleurs de faire face à tous les créanciers de son mari (qui lui avait laissé plus de dettes que de revenus), elle entra dans une suite interminable d'actions judiciaires. Tout d'abord elle tenta de recouvrer ses biens propres de reprises dotales prévues dans son contrat de mariage. Elle y parvient partiellement le 2 décembre 1794 : un arrêté du Directoire rétablit officiellement la veuve Lacaze dans une partie de ses biens. Elle était dans un tel état de dénuement que le 30 novembre 1794, elle dut vendre la garde-robe de son mari pour 2200 livres en assignats. Le 19 décembre 1794 (29 frimaire an III), elle obtint des Représentants du Peuple Délégués de la Convention Nationale une avance sur remboursement de ses biens spoliés : "Vu la pétition présentée par la citoyenne Marie Anne Pijon veuve de Raymond Nonnat Lacaze tendant à ce qu'il lui soit accordé à titre de secours provisoire une somme de quatre mille livres représentative des intérêts du capital de quatre vingt mille livres, auquel se portent les droits qu'elle a à réclamer sur les biens de son mari, qui a été malheureusement condamné par le Tribunal Révolutionnaire de Paris en qualité d'ex-conseiller au ci-devant parlement de Toulouse... ".<!--[if !supportFootnotes]-->[19]<!--[endif]-->
La loi du 21 prairial an III restitue les biens confisqués et prévoit le remboursement des objets disparus. Les biens étaient constitués d’une maison rue des renforts à Toulouse, du domaine de Villières, de contrats, billets, lettres de change. Un inventaire détaillait les effets que le condamné avait emporté dans sa cellule à la prison de la Visitation et qui furent restitués à sa veuve : bois de lit, paillasse, matelas, draps, couverture, malle, armoire, manteau, robe de chambre, pantalon, nappe et serviettes, chemises, gilet, mouchoirs, plat à barbe, rasoir, polissoir, cafetière en faïence, boite à thé, une bouteille à grand goulot pour du tabac... le tout estimé à 340 livres. Pendant le séquestre, le bail des métairies et terres de Villières fut attribué après adjudication (enchères à la bougie) à Champié, huissier et Verdaulan, fermier de Rieumes qui exploita le domaine jusqu'à ce que veuve Lacaze en reprenne possession. Elle résilia alors le bail à l'amiable avec partage des bestiaux, volailles, fruits récoltes et vendanges. En 1797, le bail fut attribué à Defort. Ce bail ne fut pas d'un grand rapport pour la veuve Lacaze. Après un an d'exploitation de Villières, le fermier ne paya plus le bail pour cause de grêle qui détruisit les récoltes dans la région de Muret pendant deux années consécutives. Cette affaire se traita devant les tribunaux.
Le procès Veuve Lacaze / Lingua de Saint Blanquat
Un procès qui dura près de 10 ans occupa la veuve de Raymond Nonnat de Lacaze. Il concernait des clauses particulières incluses dans le contrat de vente du château de Capens par Raymond Nonnat de Lacaze en 1783. Dès la mort de son mari, Marie Anne Pijon assigna en justice Jean Lingua de St Blanquat qui refusa d'honorer sa caution sur le prêt de 40 000 livres fait à Dame St Jean veuve Cazaux (voir paragraphe : Raymond Nonnat de Lacaze et la vente de Capens). Le citoyen Lingua qualifié par la partie adverse de vieux plaideur très expérimenté, fera traîner l'affaire qui ne se règlera qu'après sa mort avec sa veuve et ses enfants. Les arguments avancés sont surprenants et sont les conséquences inattendues des confiscations de biens à la Révolution. Jean Lingua considérait que Dame Cazaux ayant émigré et ses biens confisqués, l'Etat devait prendre à sa charge le remboursement de la dette de 40 000 Livres ; argument réfuté par la partie Lacaze pour qui le cautionnement était de la seule responsabilité de Jean Lingua. Un autre élément était avancé : l'un des fils de Jean Lingua de St Blanquat émigra pendant la Terreur et 115 des biens de la famille fut confisqué. En conséquence la partie Lingua considérait que son cautionnement ne saurait de toute façon porter que sur les 4/5 de la somme! Après une dizaine de procès, un accord fut finalement trouvé en 1804 par un jugement reconnaissant: "que veuve Lacaze est créancière de son mari sur les 40 000frs faisant partie du prix de la vente du domaine de Capens et placée sur dame St Jean épouse de François Louis Cazaux sous cautionnement de St Blanquat, elle forme instance contre ledit St Blanquat acquéreur de Capens soit comme débiteur de 40 000 frs, soit comme acquéreur dudit domaine hypothéqué pour les reprises (dotales de Marie Anne Pictons. Dans cette instance, il est intervenu plusieursjugements qui n'ont fait qu'occasionner aux parties de grands frais. et ledit St Blanquat étant décédé, ses enfants et héritiers et sa veuve, de concert avec la dame Lacaze se proposent de terminer toutes leurs contestations à l'amiable... "<!--[if !supportFootnotes]-->[20]<!--[endif]--> Dans cet accord final avec les héritiers Lingua Saint Blanquat, il était prévu que les 40 000 Francs, plus intérêts, seraient remboursés avec paiement échelonné sur 7 ans.
Remarques sur quelques testaments
Testament de BonnefoyLa religion tenait une part importante dans la rédaction d'un testament qui commence toujours par la même rubrique dans laquelle le testateur remet son âme à Dieu, prévoit ses honneurs funèbres : Pour les familles aisées, les testaments constituaient des documents essentiels pour assurer la transmission des biens. Le fils aimé héritait du titre (seigneur de Villières dans le cas qui nous concerne, de la baronnie et du château), les autres enfants étaient dédommagés soit par d'autres domaines soit par des versements en argent et la veuve était en général mise à l'abri du besoin: Mais la confiance dans la monnaie papier était limitée: " ... le tout en deux payements égaux de quatre mille livres chacun et en bonnes espèces d'or et d'argent de cours sans auculne sorte de billets ny autres écritures sous quelque dénomination qu'elles ayent été ".<!--[if !supportFootnotes]-->[23]<!--[endif]-->
Testament de Philippe de Vignoles
Jean-Silvestre, le fils de Raymond Nonnat, ne fut pas impliqué dans les affaires judiciaires de sa mère. Il répudia la succession de son père. Il avait de bonnes raisons pour cela étant pourvu par ailleurs suite à un héritage qu'il fit d'un de ses oncles, Philippe de Vignoles. Le testament de ce dernier est particulièrement intéressant à plusieurs titres. Philippe de Vignoles, originaire de Muret ou de sa région, possédait des charges lucratives. Prêtre, conseiller du Roi, Président en l'Election de Comminges <!--[if !supportFootnotes]-->[24]<!--[endif]--> à Muret, il testa en 1783. Il commence par prendre soin de son âme: " Je veux que dans l'an qui suit mon décès il soit célébré deux mille messes: scavoir mille dans l'église de Nazareth à Toulouse, cinq cents dans celles de ce diocèse et cinq cents dans celle des révérends pères cordeliers de la ville de Muret et que l'honoraire de chacune soit de douze sols ". Il répartit ensuite des biens entre actions de bienfaisance, son personnel et sa famille. « Je donne et lègue aux pauvres de la même ville de Muret la somme de soixante livres dont monsieur le curé dudit Muret sera seul distributeur conjointement avec monsieur le maire de ladite ville". L'hôpital Notre Dame de Muret, les Pénitents Bleus de Toulouse et Muret reçurent chacun un don en argent. Pour les pauvres de l'hôpital, il légua aussi : " toutes mes chemises, bonnets, mouchoirs, bas, habits, soutanes, culottes, caleçons, chaussures, robe de chambre, souliers, chapeaux et généralement tout ce qui sert à mon vêtement." Des legs de plusieurs centaines de livres furent réservés à Jansenin son cuisinier, Laurent son domestique, Lagrange son cocher et Jeanneton sa fille de service. L'abbé de Vignoles vivait, semble-t-il, dans une certaine aisance. Au vu de l'acte d'héritage, il possédait une fortune considérable et plusieurs maisons dont l'une à Muret et une autre à Toulouse. Jean-Silvestre, son neveu, devait hériter de l'essentiel de la fortune de Philippe de Vignoles, qui décéda en 1784. L'acte prévoyait le partage avec son frère Raymond Nonnat. Mais ce dernier mourut deux ans plus tard âgé de six ans. Même dans une famille disposant de moyens conséquents pour vivre et se soigner, la mortalité infantile était élevée ; sur les six enfants que Raymond Nonnat de Lacaze eut avec Anne de Pijon, il n'est plus fait référence qu'à un garçon et deux filles à la mort de leur père en 1794.
Plusieurs actes notariés comme ce testament, la vente de Capens, le contrat de mariage de Raymond Nonnat de Lacaze font état d'un nombre impressionnant de rentes. Dans les héritages ou transactions diverses, il y a peu de mouvement d'argent liquide. Les biens sont investis dans les immeubles : terres, maisons, châteaux mais aussi et surtout dans des placements dont les revenus étaient des rentes. "Je donne et lègue à l'hôpital notre dame dudit Muret la somme de 10 000 livres une fois payable par des contrats que j'ai placé sur des habitants dudit Muret". Autre exemple : dans l'acte de mariage de Raymond Nonnat de Lacaze et Anne Pijon en 1776, la mère de l'épouse offre en dot à sa fille des rentes attachées à un prêt d'argent fait par son père et dont elle avait hérité.
Divers objets de la vie courante au XVIIIème siècle
Quelques factures de la vie courante font surgir quelques indices sur le mode de vie ou le coût de certains travaux.
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Sceau de la munissipalité du Lherm de 1795. Photo Christian Monnier.
Pour l'entretien de sa maison et du château de Villières, Raymond Nonnat fait appel à un vitrier : le 15 mai 1793, facture de réparations de carreaux (50 carreaux à huit sols pièce rue des renforts), pièce de verre de Bohème à la chaise à porteur, panneaux au plomb (verre coloré ou opaque) dans l'escalier et les latrines, une vingtaine de carreaux à la campagne (Villières), le tout pour 40 livres 3 deniers, le vitrier étant M. Avignon. En 1791 et 1792, Raymond Nonnat de Lacaze se fait confectionner par M. Roger tailleur d'habits, pour lui-même, son fils et un domestique, plusieurs vêtements dont la description montre une certaine recherche et le soucis d'être "à la mode": Pour M. de Lacaze : <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->un habit de seguerie <!--[if !supportFootnotes]-->[25]<!--[endif]--> grise, les manches à la mode <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->un gilet et culotte de sergette superfine <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->2 gilets bazin <!--[if !supportFootnotes]-->[26]<!--[endif]--> mousselinette <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->manchons à la robe de chambre de soie <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->une levitte nankinette <!--[if !supportFootnotes]-->[27]<!--[endif]-->
pour le domestique: <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->une levitte de drap gros bleu et une veste croisée <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->un habit de drap bleu et gilet rouge <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->agrandi la levitte de baracan et le gilet du domestique
pour son fils (Jean-Silvestre): <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->culotte drap de coton et gilet brodé <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->une levitte à la dernière mode, gilet et culotte de velours <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->un habit de soie culotte canary ( aune ?) et gilet brodé <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->une levitte en baracan
Sur la facture globale, une partie fut payée en nature: "reçu à compte 4 sétiers de bled à 28 livres le sétier". Les récoltes de Villières, partagées entre le propriétaire et le métayer servaient au remboursement des factures. Cette facture anodine est intéressante. Elle donne une idée de la mode de l'époque, de la livrée du domestique, de la couleur et nature des vêtements. Une autre facture complète la description des tissus: espagnolette <!--[if !supportFootnotes]-->[28]<!--[endif]--> de Rouen, drap d'Elbeuf, ratine de Rouen, sargette (serge), lodeve bleu en laine, royale fine. Un détail précisé par le tailleur : « J'ai raccommodé l'habit du petit », confirme l'existence d’un fils de Raymond Nonnat (Auguste né en 1790 à Villières).
Une autre information glanée dans une quittance suite à l'achat d'une maison en 1807, fait état de pot de vin ou épingle versé en plus de la somme officielle.
Par cette recherche des conséquences de la Terreur sur une famille d'origine toulousaine, nous avons pu découvrir une partie de l'histoire d'un château disparu ainsi que plusieurs aspects de la vie de familles nobles des XVII et XVIIIème siècles.
SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE
- Fonds privé : Archives personnelles de Mr Henry Carayon
- Archives Municipales de Toulouse: Séries 1E et 5 MI : l'état-civil de Toulouse SérieslF : les recensements Série 1G : l'ancien cadastre de Toulouse
- Archives Départementales de Haute-Garonne: Séries 3 E : les actes notariés Séries 3 P et 2 E : cadastre napoléonien, propriétés bâties et impositions Série Q : Domaines période révolutionnaire WQ : tables des contrats de mariage début 1800
<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Nobiliaires: Navelle, Vilain CHRONOLOGIE DES VILLIERES DEPUIS 1900 D’après l’acte de vente du 30 juin 1967 :
<!--[if !supportLists]-->1. <!--[endif]-->28 février 1903 : Achat indivis par Bonnemaison Eusèbe Mathieu Joseph et Bonnemaison Jean Marie François du Crédit Foncier. <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->3 mars 1906 : Bonnemaison Jean Marie François seul propriétaire par licitation.
<!--[if !supportLists]-->2. <!--[endif]-->11 août 1923 : Propriété de Jean Marie François Bonnemaison et Marie Antinette Albisson, demeurant au domaine de Villières. <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Partage de la propriété entière des Villières <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->de 173 ha 81 ares <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->En l’étude de Me Espagno à Muret
<!--[if !supportLists]-->3. <!--[endif]-->15 juillet 1925 : Acte d’attribution en pleine propriété pour M. Turco <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->En l’étude de Me Espagno à Muret
<!--[if !supportLists]-->4. <!--[endif]-->22 octobre 1941 : Achat de la propriété par Laporte <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Appartenant à Turco Antonio et Garelli Laurence, demeurant aux Villières <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->En l’étude de Me Espagno à Muret
<!--[if !supportLists]-->5. <!--[endif]-->28 février 1956 : achat de la propriété des Villières par Zucchetti <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Appartenant à Laporte Jean et Freyche Emilie, demeurant à Marseille <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->En l’étude de Me Vie à L’Isle Jourdain (32)
<!--[if !supportLists]-->6. <!--[endif]-->30 JUIN 1967 : Achat de la propriété des Villières par les Scouts de France. <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Appartenant aux consorts <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->En l’étude du Notaire Amiel, rue de Metz à Toulouse <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->A l’association des Scouts de France, représentés par Serge Bassibé, commissaire départemental des SDF. <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->D’une propriété rurale de 10 ha 11 ares avec bâtiments d’habitation et dépendances d’exploitation <!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->Libre de location à M Montovani à partir du 1 novembre 1967.
LES VILLIERES DEPUIS 1967
<!--[if !supportLists]-->1. <!--[endif]-->22 novembre 1972 : Déclaration de première ouverture du centre de vacances des Villières <!--[if !supportLists]-->2. <!--[endif]-->1981 : Démolition du château <!--[if !supportLists]-->3. <!--[endif]-->1982-83 : Construction de la dalle du bâtiment des dépendances et aménagement d’un dortoir en haut. <!--[if !supportLists]-->4. <!--[endif]-->2003 : Rassemblement régional en septembre. <!--[if !supportLists]-->5. <!--[endif]-->2002-2005 : réaménagement intérieur du bâtiment : portes et fenêtres, aménagement des salles <!--[if !supportFootnotes]-->
<!--[endif]--> <!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> La terre de Villières faisait partie du Lherm. Cependant Villières était rattaché au diocèse de Lombez alors que Lherm. dépendait du diocèse de Toulouse. C'est la raison pour laquelle les enfants nés à Villières apparaissent sur les registres paroissiaux de Poucharramet (François en 1652, Marie en 1656, Louise en 1660: enfants de Guillaume de Bonnefoy et Marguerite Darse) <!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]--> Fonds privé: Testament de Jean de Bonnefoy en 1606 <!--[if !supportFootnotes]-->[3]<!--[endif]--> tinal (ou tinel) : cuve servant au transport de la vendange, dans ce cas c'est plutôt le cellier ou la cave <!--[if !supportFootnotes]-->[4]<!--[endif]--> Fonds privé- contrat de vente de Villières par Guillaume de Bonnefoy à Pierre François de Mouillet en 1733 <!--[if !supportFootnotes]-->[5]<!--[endif]--> Fonds privé- contrat de vente de Villières par veuve de Mouillet à JS de Lacaze en 1756. <!--[if !supportFootnotes]-->[6]<!--[endif]--> Ordonnance de Henry Auguste de Chalvet Rochernontes, chevalier sénéchal gouverneur de Toulouse, contre les consuls de Capens et contre noble Villemur de Pailles (1745). <!--[if !supportFootnotes]-->[7]<!--[endif]--> L'emplacement des pièces correspond à la description succincte faite dans l'ouvrage sur le village de Lherm, de Mme Douzon-Pech, "Le Collier Dispersé". <!--[if !supportFootnotes]-->[8]<!--[endif]--> La rue Méjane était l'extrémité de la rue du Taur vers St Semin <!--[if !supportFootnotes]-->[9]<!--[endif]--> Demi-castor : chapeau fait de tissu feutré comportant du poil de castor (Le Robert: Dictionnaire Historique de la Langue Française) <!--[if !supportFootnotes]-->[10]<!--[endif]--> A.D.H.G 3P et 2 E : cadastre, propriétés bâties et impositions <!--[if !supportFootnotes]-->[11]<!--[endif]--> VILAIN (Jules), La France moderne, Toulouse, 1911. <!--[if !supportFootnotes]-->[12]<!--[endif]--> MARQUEZ (Christophe), "Jean François de Montaigut 1729-1794", Revue du Patrimoine du Muretain, n°2 1999. <!--[if !supportFootnotes]-->[13]<!--[endif]--> DU MEGE (Alexandre), Histoire des Institutions de la ville de Toulouse, Toulouse, 1844. <!--[if !supportFootnotes]-->[14]<!--[endif]--> Fonds privé: extrait du contrat de vente du château de Capens en 1783 <!--[if !supportFootnotes]-->[15]<!--[endif]--> 15 Les rentes fréquemment pratiquées, correspondaient à des prêts d'argent avec paiement annuel d'un intérêt <!--[if !supportFootnotes]-->[16]<!--[endif]--> Fonds privé: extrait du testament de Philippe de Vignoles en 1784 <!--[if !supportFootnotes]-->[17]<!--[endif]--> Ancien couvent des Religieuses le la Visitation <!--[if !supportFootnotes]-->[18]<!--[endif]--> Fonds privé: extrait du procès verbal de mise sous séquestre de Villières le 5 messidor an II <!--[if !supportFootnotes]-->[19]<!--[endif]--> Fonds privé: délibération des Représentants du peuple en 1794 <!--[if !supportFootnotes]-->[20]<!--[endif]--> Fonds privé : Homologation de transaction entre veuve Lacaze et héritiers St Blanquat du 21 mai 1804 <!--[if !supportFootnotes]-->[21]<!--[endif]--> Fonds privé: extrait du testament de Jean de Bonnefoy en 1606 <!--[if !supportFootnotes]-->[23]<!--[endif]--> Fonds privé: extrait du contrat de vente de Villières en 1756 <!--[if !supportFootnotes]-->[24]<!--[endif]--> La charge de Président fut revendue, après son décès, pour la somme de 20 500 livres à Jean Laviguerie <!--[if !supportFootnotes]-->[25]<!--[endif]--> Serguerie ou sergerie : tissu de serge <!--[if !supportFootnotes]-->[26]<!--[endif]--> Bazin ou basin : étoffe croisée dont la chaîne est de fil et la trame de coton (Larousse) 27 Levitte: redingote semi-longue <!--[if !supportFootnotes]-->[27]<!--[endif]--> Levitte : redingote semi-longue <!--[if !supportFootnotes]-->[28]<!--[endif]--> Espagnolette ou ratine: étoffe de laine croisée dont le poil est tiré au dehors et frisé pour donner de petits grains (Robert: dictionnaire Historique de la Langue Française)
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